L’opposant Delly Sesanga a vivement critiqué, samedi 21 mars à Kinshasa, la création du tribunal pénal économique et financier, récemment institué par une loi promulguée par le président Félix Tshisekedi. Lors d’une conférence de presse, il a exprimé de sérieuses réserves quant aux motivations et aux implications de cette nouvelle juridiction.
Selon lui, derrière l’objectif affiché de lutte contre la corruption, se cachent des risques de dérives politiques.
« En apparence, il s’agit de lutter contre la corruption. Mais dans les faits, le risque est grand de voir se multiplier des poursuites sélectives, des procédures expéditives et des accusations utilisées comme instruments politiques », a-t-il déclaré.
Au-delà de cette critique institutionnelle, Delly Sesanga a livré un réquisitoire sévère contre les huit années de gouvernance du chef de l’État. Il dénonce « un système de jouissance et d’enrichissement d’une minorité de la classe dirigeante », accusant le pouvoir d’avoir « pris le pays en otage ».
Sur le plan social, il pointe notamment les retards de paiement des salaires des agents publics et les difficultés croissantes du quotidien à Kinshasa, marquée selon lui par des embouteillages persistants, une insalubrité généralisée et des infrastructures dégradées.
Sur le plan économique, l’opposant évoque une forte augmentation de la masse salariale de la fonction publique, passée, selon ses chiffres, de 450 à 1 000 milliards de francs congolais par mois depuis 2023. Il critique également le recours aux procédures d’urgence dans la gestion des finances publiques et une dette estimée à plus de 13 milliards de dollars. Il décrit un État « hypertrophié et asphyxié », contraint d’emprunter pour payer ses agents.
Concernant la sécurité, Delly Sesanga condamne l’agression rwandaise et exige le retrait de toutes les forces étrangères du territoire national. Toutefois, il refuse que ce contexte serve à exonérer le pouvoir de ses responsabilités.
Il s’interroge notamment sur l’utilisation des 13,65 milliards de dollars consacrés à la défense depuis 2019, au regard d’une situation sécuritaire qu’il juge inchangée, voire détériorée.
Le point le plus sensible de son intervention reste la question d’une éventuelle révision constitutionnelle. Il la qualifie de « haute trahison » et invoque l’article 64 de la Constitution, appelant les citoyens à s’opposer à toute prise de pouvoir contraire à la loi fondamentale.
Enfin, à 946 jours de la fin du second et dernier mandat de Félix Tshisekedi, Delly Sesanga appelle à une mobilisation des forces politiques, de la société civile et même de certains membres de la majorité autour de la défense de la Constitution, en perspective des élections prévues en 2028.
Rufus Lukanga
