Le monde de la musique congolaise et particulièrement celui du gospel est en deuil. Carlyto Lassa, de son vrai nom Charles Ndombasi Lassa, est décédé ce lundi 31 août 2026 à Cincinnati, aux États-Unis, à l’âge de 65 ans.L’annonce de sa disparition a été rapportée par le Forum des Congolais de Cincinnati.
Le pasteur et chantre se trouvait dans cette ville dans le cadre d’une campagne d’évangélisation organisée les 29 et 30 août 2026 par la Torrent Kerith Church, autour du thème « La Prière Délivre ».Ironie du destin, sa dernière apparition publique aura été musicale.
Une vidéo de la campagne montre Carlyto Lassa, le dimanche 30 août, en train de conduire les fidèles dans la louange avant de prendre la parole pour prêcher. Une ultime prestation qui résume, à elle seule, la seconde partie de la vie de cet artiste : chanter pour Dieu et annoncer l’Évangile.
Une voix remarquée dès ses débuts
Né le 15 janvier 1961, Carlyto Lassa grandit notamment à Matadi, dans l’actuelle province du Kongo-Central. Avant de devenir une figure de la chanson congolaise, il exerçait le métier de tailleur. Sa passion pour la musique prend véritablement son envol à la fin des années 1970.
Doté d’un timbre vocal particulier, à la fois mélodieux et mélancolique, il se fait rapidement remarquer dans le paysage musical zaïrois. Son parcours le conduit notamment vers l’univers du TP OK Jazz, l’orchestre mythique de Franco Luambo, où sa voix est particulièrement appréciée. Il interprète notamment « Maya », une composition de Lutumba Simaro, ainsi que « Le Bon Samaritain » de Papa Noël Nedulé.
Il rejoint ensuite Choc Stars, l’une des formations majeures de la scène congolaise des années 1980. Aux côtés de plusieurs grandes voix de l’époque, Carlyto Lassa contribue à enrichir le répertoire de l’orchestre et confirme sa réputation de chanteur à la voix singulière.
« Africa Na Moto », le chapitre solo
Après ses expériences au sein des grandes formations musicales congolaises, Carlyto Lassa poursuit une carrière en solo, notamment depuis la France.
En 1996, il sort l’album « Africa Na Moto », considéré comme l’une des œuvres importantes de sa période profane. L’album contient notamment « Makolo ya Masiya », une chanson devenue emblématique de son parcours musical.
Avec cette œuvre, Carlyto Lassa s’impose davantage comme auteur-compositeur-interprète. Sa voix, reconnaissable entre toutes, lui vaut alors une solide réputation auprès des mélomanes congolais.Mais derrière le succès et la notoriété se prépare déjà un profond changement dans sa vie.
De la musique profane à la conversion chrétienne
Au milieu des années 1990, Carlyto Lassa connaît un tournant spirituel majeur. Les sources consacrées à son parcours situent sa conversion au christianisme autour de 1995-1996. Cette expérience bouleverse progressivement son rapport à la musique et à sa propre vie.
Celui qui avait consacré sa voix à la rumba et à la musique dite profane décide désormais de la mettre au service de sa foi.La transformation est profonde : Carlyto Lassa abandonne progressivement les circuits de la musique profane pour embrasser le gospel, la louange et l’évangélisation.
Son parcours devient alors celui d’un artiste qui considère désormais la musique comme un instrument destiné à transmettre un message chrétien.
« La Reconnaissance », une nouvelle vie musicale
Cette nouvelle orientation se concrétise au début des années 2000 avec la sortie de plusieurs projets gospel.En 2001, il publie l’album « La Reconnaissance », qui comprend notamment les titres « Kumama Yawé », « Tala Muana Na Mpate », « Pole Na Ngai », « Reconnaissance », « Bolingo » et « Yesu Yo Mobikisi ».Trois ans plus tard, il poursuit cette aventure avec « Confiance – Kili Kili Azongi », sorti en 2004.
Son activité ne se limite plus à l’enregistrement. Carlyto Lassa participe à des concerts de gospel, des soirées de louange et d’adoration ainsi qu’à des campagnes d’évangélisation en Afrique et en Europe.
Il collabore également avec plusieurs chantres chrétiens, parmi lesquels Aimé Nkanu et Golly Imengo.
Le titre « Esengo », réalisé avec Aimé Nkanu et Golly Imengo, figure notamment parmi les œuvres issues de cette période de collaboration.
L’artiste devient pasteur
Avec le temps, Carlyto Lassa ne se contente plus d’être un chanteur chrétien. Son engagement prend une dimension pastorale et évangélique.
Son propre parcours présente une évolution allant de l’artiste à l’adorateur, puis au pasteur et évangéliste. Il est consacré pasteur missionnaire au cours des années 2020, poursuivant parallèlement son ministère musical et ses activités d’évangélisation.
Ainsi, l’homme qui avait autrefois conquis le public de la rumba congolaise avec sa voix devient progressivement une figure du gospel congolais et de la musique chrétienne.
Une dernière prédication à Cincinnati
C’est dans le cadre de cette mission spirituelle que Carlyto Lassa se rend aux États-Unis en août 2026.Les 29 et 30 août, il participe à la campagne d’évangélisation « Deux journées de gloire », organisée par la Torrent Kerith Church avec le pasteur hôte Emmanuel Luyalakio.
Le thème retenu était « La Prière Délivre ».Le dimanche 30 août, Carlyto Lassa chante devant les fidèles avant de prêcher. Il s’agit de sa dernière prestation publique connue.Quelques heures plus tard, le monde apprend sa disparition à Cincinnati.
Une double empreinte dans la musique congolaise
Avec la disparition de Carlyto Lassa, la RDC perd une voix qui aura traversé deux univers musicaux.Dans la musique profane, il restera associé à la grande époque de la rumba congolaise, à ses passages dans de prestigieuses formations et à des chansons comme « Maya » et « Makolo ya Masiya ».
Dans la musique chrétienne, il laisse l’image d’un artiste ayant transformé son talent en instrument d’évangélisation, avec des albums comme « La Reconnaissance » et « Confiance – Kili Kili Azongi », mais aussi de nombreux concerts, collaborations et campagnes d’évangélisation.
De la scène de la rumba à la chaire de l’Évangile, Carlyto Lassa aura ainsi vécu une trajectoire artistique et spirituelle singulière. Sa voix s’est tue à Cincinnati, mais son répertoire et le témoignage de sa conversion continueront de marquer les mélomanes et les chrétiens qui ont suivi son parcours.
Rufus Lukanga
