Début mars 2026 à Kinshasa, Jean-Paul Kapongo Kadiobo s’est prêté à l’exercice du bilan. Quatre ans après sa nomination à la tête du Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (SAEMAPE), le directeur général a fait face à la presse dans un contexte politique particulier.
Le moment n’était pas anodin. Le parti présidentiel, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), faisait alors l’objet de critiques visant certains de ses mandataires publics. Jean-Paul Kapongo, lui, a choisi une autre voie : répondre par les résultats.Et les résultats parlent d’eux-mêmes. En quatre ans, le SAEMAPE est passé d’un service administratif presque invisible à un acteur central d’un secteur stratégique de l’économie congolaise.
Un secteur capable de produire de la valeur, de créer des richesses et de transformer des vies.
L’homme qu’il fallait pour un secteur en chantier
Lorsque Félix Tshisekedi confie à Jean-Paul Kapongo les rênes du SAEMAPE par ordonnance présidentielle, le 28 janvier 2022, l’exploitation minière artisanale ressemble encore à un vaste chantier.
Le service public censé encadrer les creuseurs manque d’autorité, de moyens et parfois même de visibilité. Dans certaines provinces, le secteur est géré de manière illégale par des gouverneurs dans leur cabinet. Mais Jean-Paul Kapongo n’arrive pas en terrain inconnu.
Contrairement à ce que certains auraient pu penser, il n’est pas un homme parachuté dans l’administration minière. Il est un produit du secteur. Très jeune, il intègre l’administration à la Direction générale des mines et se forme progressivement aux réalités complexes de l’exploitation artisanale.
Autrement dit, il connaît le terrain, les acteurs et les enjeux.
Changer le récit sur les mines artisanales congolaises
À son arrivée, la République démocratique du Congo souffre d’une image dégradée à l’international. Le secteur minier artisanal est souvent présenté comme un espace d’anarchie où femmes enceintes et enfants seraient livrés à eux-mêmes dans les carrières.
Cette caricature, largement entretenue par certaines ONG soutenues par les ennemis de la RDC dont le Rwanda, occulte pourtant une réalité fondamentale : dans de nombreuses régions du pays, l’exploitation artisanale constitue un héritage historique et une source essentielle de subsistance pour des milliers de familles.Jean-Paul Kapongo décide alors de changer le récit.
Sa conviction est simple : les mines artisanales appartiennent d’abord aux artisanaux eux-mêmes. Bien avant l’arrivée des grandes compagnies industrielles, ces populations exploitaient déjà les ressources de leur sous-sol.Dès lors, il fallait les rétablir dans leurs droits et organiser leur activité dans un cadre plus juste.Restaurer l’autorité de l’État.
La tâche ne fut pas simple. Pendant des années, le secteur minier artisanal avait été progressivement capté par des intérêts multiples. Dans certaines provinces, des autorités locales exerçaient un contrôle de fait sur les activités minières artisanales, souvent en dehors de tout cadre légal.
Jean-Paul Kapongo entreprend alors de remettre de l’ordre.
Le SAEMAPE est redéployé dans les provinces, ses représentants sont nommés ou réaménagés, et l’autorité du service est progressivement restaurée sur le terrain.
Une démarche qui dérange.
Car derrière l’exploitation artisanale gravitent des intérêts financiers puissants qui prospéraient sur la faiblesse institutionnelle du secteur. En s’attaquant à ces pratiques, le directeur général du SAEMAPE s’expose à des résistances.Mais sur le terrain, la réaction est tout autre.
Dans les sites miniers artisanaux qu’il visite à travers le pays, les exploitants miniers artisanaux voient en lui un responsable qui défend enfin leurs intérêts et lui vouent un grand respect.
Structurer les exploitants artisanaux
Aujourd’hui, les résultats commencent à apparaître. La RDC compte désormais plus de 1 400 coopératives minières artisanales en voie de structuration et de formalisation.L’objectif n’est pas seulement administratif.
Il est économique et social.La vision défendue par Félix Tshisekedi est claire : professionnaliser l’exploitation artisanale afin de faire émerger une véritable classe d’entrepreneurs miniers congolais.Créer des millionnaires congolais à partir de l’exploitation artisanale : voilà l’ambition.Vers une protection sociale pour les creuseursLa prochaine étape consiste à sécuriser davantage la vie des exploitants artisanaux.
Jean-Paul Kapongo a ainsi annoncé un programme d’assurance destiné aux creuseurs et à leurs familles. Une initiative importante dans un secteur où les travailleurs restent exposés à de nombreux risques.
Réformer aussi l’administration
La transformation du SAEMAPE ne s’est pas limitée aux mines. Elle a aussi concerné l’intérieur de l’institution.Les retards de paiement des agents ont été résorbés et la bancarisation du personnel mise en place. Des mesures qui ont contribué à améliorer le fonctionnement du service et à restaurer la motivation des agents.
L’occasion de se prononcer sur l’actualité politique
L’occasion faisant le larron, Jean-Paul Kapongo Kadiobo s’est également prononcé sur plusieurs questions brûlantes de l’actualité politique.Cadre de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, il a affirmé soutenir le projet de changement de la Constitution actuellement débattu dans le pays.
Il a également exprimé son appui au dialogue politique selon le format du président Félix Tshisekedi, se disant prêt à y participer afin de défendre les intérêts de plus d’un million d’exploitants miniers artisanaux à travers la République.
Jean-Paul Kapongo a par ailleurs condamné avec fermeté l’exploitation illégale des ressources minières dans les territoires sous occupation des rebelles de l’Alliance Fleuve Congo et du Mouvement du 23 Mars, soutenus par l’armée rwandaise.
Un appui politique déterminant
Cette dynamique s’inscrit également dans le cadre de la politique minière portée par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, dont Jean-Paul Kapongo salue le courage et le soutien aux réformes engagées.
