La scène politique congolaise est secouée par une nouvelle prise de position forte du Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, qui s’inquiète ouvertement d’une dérive institutionnelle au sommet de l’État. Dans une déclaration au ton grave, il revient sur les récentes démissions de Vital Kamerhe et de Bahati Lukwebo, qu’il relie à leur opposition présumée à un projet de révision constitutionnelle.
Selon lui, si la démission peut constituer un acte démocratique et parfois un signe de responsabilité politique, les circonstances actuelles en République démocratique du Congo suscitent de vives inquiétudes.
Il estime que ces départs traduisent avant tout des pressions exercées sur des responsables politiques ayant osé s’opposer à une modification de la Constitution, perçue comme une remise en cause du pacte républicain.Dans son analyse, Denis Mukwege dénonce une inversion des rôles au sein des institutions.
Il rappelle que dans une démocratie fonctionnelle, les représentants du peuple doivent exercer un contrôle sur l’exécutif. Or, affirme-t-il, la situation actuelle en RDC montrerait plutôt un pouvoir exécutif dominant, capable de sanctionner les élus dissidents à travers des relais politiques au Parlement.
Le médecin et militant des droits humains critique également l’attitude de certains responsables qu’il accuse d’avoir renoncé à leur dignité en sollicitant la clémence du pouvoir. Il interpelle directement les élus, les invitant à faire preuve de courage et à défendre la volonté du peuple, qu’il considère comme le souverain primaire.
S’appuyant sur la sagesse ancestrale et des proverbes congolais, il insiste sur la nécessité de rester digne, même face aux menaces politiques ou physiques. Il évoque en filigrane l’héritage de Patrice Lumumba, symbole de résistance et de dignité nationale, pour appeler les dirigeants actuels à s’inscrire dans cette tradition d’engagement.
Dans un message adressé également au Président de la République, Denis Mukwege met en garde contre l’influence de certains proches du pouvoir, qu’il accuse de privilégier leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Il exhorte le chef de l’État à écouter sa conscience et la voix du peuple, plutôt que de céder aux pressions de son entourage.
Concluant sur une note d’espoir mêlée d’avertissement, il appelle à un sursaut collectif pour préserver la démocratie et la liberté en RDC. « Notre liberté est à ce prix », souligne-t-il, invitant les Congolais à rester vigilants face à toute tentative de dérive autoritaire.


Rufus Lukanga
