Le tribunal militaire de garnison de Kisangani a poursuivi, mercredi 13 mai, l’examen du procès de 84 militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), poursuivis notamment pour révolte et fuite devant l’ennemi dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu.
Lors de son réquisitoire, le ministère public a créé la surprise en sollicitant l’acquittement pur et simple de plusieurs prévenus. Cette demande concerne notamment neuf soldats initialement poursuivis pour perte d’armes. Selon l’organe de la loi, leur détention préventive avait largement dépassé les délais légaux.
Le ministère public s’est également déclaré non saisi dans le cas de militaires arrêtés à Walikale pour des faits qualifiés de « divagation », estimant ainsi que les poursuites engagées à leur encontre ne pouvaient être maintenues.
En revanche, le parquet militaire a requis la peine de mort contre 56 autres militaires. Ceux-ci sont poursuivis pour plusieurs infractions graves, notamment révolte militaire, lâcheté, violation des consignes et dissipation de munitions.
D’après l’accusation, ces soldats auraient abandonné leurs positions dans le territoire de Masisi en désobéissant aux ordres de la hiérarchie militaire alors qu’ils étaient engagés sur la ligne de front.
Le ministère public a également demandé des peines de dix ans de servitude pénale ainsi que la dégradation militaire pour les faits liés à la dissipation de munitions, sans reconnaissance de circonstances atténuantes.
Pour certains prévenus, la radiation définitive des rangs des FARDC a aussi été requise.Face au tribunal, les militaires concernés ont défendu une version commune des faits. Ils affirment avoir quitté leurs positions non pas dans l’intention de fuir le combat ou de trahir leur mission, mais en raison des conditions de vie difficiles auxquelles ils faisaient face sur le terrain.
« Nous cumulions huit mois sans solde. La ration alimentaire était irrégulière et les primes de guerre inexistantes », ont déclaré plusieurs prévenus au cours des audiences.
Selon leurs témoignages, leur déplacement vers Ngowa, dans le territoire de Walikale, visait essentiellement à réclamer de meilleures conditions de prise en charge afin de poursuivre les opérations militaires.
Le tribunal militaire devra désormais se prononcer en tenant compte à la fois des exigences de discipline au sein des FARDC et des arguments avancés par les prévenus concernant leurs conditions de déploiement dans les zones de conflit du Nord-Kivu.
Rufus Lukanga
