Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, sollicite davantage l’implication de la Russie dans la recherche d’une solution durable à la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Il a exprimé cette attente au cours de son entretien avec son homologue russe, Vladimir Poutine, ce vendredi 30 octobre 2026, au palais du Kremlin, à Moscou.
Cette rencontre, organisée en marge du 3ᵉ Sommet Russie-Afrique, a également permis aux deux dirigeants d’évoquer le renforcement de leur coopération bilatérale, dans un contexte où les processus de paix de Washington et de Doha peinent à produire des résultats concrets sur le terrain.
Au cours de ces échanges, les deux chefs d’État ont réaffirmé leur volonté de consolider les relations entre Kinshasa et Moscou dans différents secteurs, sur la base du respect mutuel, de la souveraineté des États et de la défense des intérêts de leurs populations respectives.
Selon la cellule de communication de la présidence congolaise, Vladimir Poutine a manifesté l’intérêt de son pays à approfondir ses relations avec la RDC, qu’il considère comme « l’un des partenaires les plus prometteurs en Afrique, avec un potentiel important en matière de commerce et d’investissement ».
De son côté, Félix Tshisekedi a réaffirmé l’option de son pays en faveur d’une diversification des partenariats internationaux, menée de manière indépendante et sans alignement imposé. Le président congolais entend notamment faire de cette coopération un levier supplémentaire pour soutenir les efforts de paix dans l’Est de la RDC.
« Cela fait près d’une trentaine d’années que la République démocratique du Congo vit les affres de la guerre à l’Est du pays. Et nous voulons absolument que la Russie, qui est un membre des P5, puisse nous accompagner justement dans la recherche de la paix », a déclaré Félix Tshisekedi devant Vladimir Poutine.
Pour le chef de l’État congolais, l’implication russe apparaît particulièrement importante au regard des difficultés rencontrées par les initiatives diplomatiques déjà engagées pour mettre un terme aux violences.
« Il y a des processus qui ont été entamés, tels que celui de Washington et de Doha, mais malheureusement la concrétisation n’est pas encore vraiment au rendez-vous », a-t-il fait observer.
Félix Tshisekedi a ainsi invité Moscou à accompagner Kinshasa dans les démarches visant à obtenir l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a notamment rappelé les principales exigences contenues dans ce texte, concernant le retrait des forces étrangères, la cessation des hostilités, le respect de l’intégrité territoriale de la RDC et la restauration de l’autorité de l’État.
« Il y a une résolution, la résolution 2773, qui aujourd’hui demeure toujours inappliquée. Voilà pourquoi nous demandons […] le retrait des forces étrangères, notamment les forces rwandaises qui occupent illégalement l’Est de la République, certaines localités, la cessation des hostilités, le respect de l’intégrité territoriale et la restauration de l’autorité de l’État », a insisté le président congolais.
Déplorant l’absence d’avancées concrètes dans l’application de ces dispositions, il a appelé la Russie à user de son influence diplomatique pour soutenir les revendications de Kinshasa.
« Malheureusement, jusqu’à ce jour, rien de cela n’est fait et nous comptons, dans cette relation que nous voulons intensifier avec la Russie, sur le soutien de votre pays pour cela », a-t-il plaidé.
L’autre dossier majeur abordé lors de cette rencontre concerne l’avenir de la MONUSCO. Le mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC arrive à échéance le 20 décembre prochain. À ce sujet, Félix Tshisekedi a sollicité le concours de Moscou pour obtenir son renouvellement au sein du Conseil de sécurité.
« Nous comptons également sur le soutien de la Russie pour nous obtenir le prolongement de ce mandat », a-t-il déclaré, avant de rappeler que « toute évolution de ce mandat relève d’une décision explicite du Conseil de sécurité ».
Le président congolais a ainsi invité son homologue russe à accompagner la RDC dans cette démarche, compte tenu du rôle particulier de la Fédération de Russie au sein de cette instance internationale.
Pour donner une dimension concrète à ce rapprochement, Félix Tshisekedi a proposé la mise en place d’une feuille de route bilatérale définissant les engagements des deux pays, leurs responsabilités respectives ainsi que des échéances précises.
« Je propose donc une feuille de route bilatérale assortie de responsabilités et d’échéances précises autour de trois priorités : la coopération économique concrète, le soutien russe aux efforts de paix et la concertation diplomatique régulière aux Nations unies », a annoncé le chef de l’État.
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par la persistance des violences dans l’Est de la RDC, malgré les initiatives diplomatiques menées sous les auspices des États-Unis et du Qatar, avec l’implication de l’Union africaine.
En sollicitant l’accompagnement de Moscou, Kinshasa entend élargir ses appuis diplomatiques, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies, pour obtenir des avancées dans le règlement de la crise sécuritaire.
Au-delà des déclarations de principe, la feuille de route proposée par Félix Tshisekedi devra désormais permettre de traduire les ambitions affichées par les deux dirigeants en engagements concrets, tant sur le plan économique que diplomatique et sécuritaire.

