La déclaration signée le 30 juin par 16 prêtres de l’Archidiocèse de Kananga, intitulée « Kuanji Kutapa, Badi Ebeja », continue de susciter de vives réactions. Alors que ces prêtres clarifient qu’ils ne contestent pas l’autorité de la CENCO mais affirment que son message du 19 juin n’empêche pas une éventuelle révision constitutionnelle dans le respect des voies légales, de nombreux congolais y voient un positionnement partisan et tribal.

Dès la publication du document, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une fracture ethnique au sein de l’Église catholique. Pour beaucoup de commentateurs, le fait que seuls des prêtres originaires du Kasaï-Central (principalement de Kananga) se désolidarisent publiquement de la position de la CENCO n’est pas anodin.
« Même des prêtres sont prêts à violer la fidélité ecclésiastique au nom du tribalisme. Pourquoi seulement les prêtres de Kananga, au Kasaï ? », s’interroge un observateur de la vie politique congolaise.
Un autre renchérit : « On vous dit tous les jours que le régime actuel est tribal (…) N’est-ce pas dans l’espace Kasaï que ce même tribu avait interdit aux autres Congolais d’aller battre campagne en 2023 ? Et c’est la même tribu qui veut changer la Constitution ? »
Soutien au changement de la Constitution au cœur des critiques
Les 16 signataires affirment explicitement : « Nous soutenons le changement éventuel de la Constitution de 2006, le cas échéant, s’il suit tout moyen légal par lequel il peut être possible. »
Cette prise de position, perçue comme un soutien indirect au projet d’un troisième mandat du président Félix Tshisekedi, est vivement contestée.
Sur X, plusieurs analystes et activistes parlent d’une « instrumentalisation de l’Église » et d’une tentative de fragiliser l’unité de la CENCO. Certains vont jusqu’à accuser ces prêtres de « se substituer » à la Conférence épiscopale pour défendre les intérêts du pouvoir en place.
« Le clergé de Kananga brise le tabou et soutient Tshisekedi », titrent certains médias en ligne, pendant que des internautes dénoncent une « crise interne » au sein de l’Église catholique congolaise.
Malaise et accusations de divisionAu-delà du tribalisme, les critiques portent sur le timing et le contexte : la déclaration intervient quelques jours après des tensions signalées à Kananga, incluant des insultes et des troubles dans certaines paroisses.
Pour ses détracteurs, cette mise au point risque d’aggraver les divisions au sein d’une institution autrefois perçue comme un repère moral neutre.« La CENCO n’est pas une juridiction disciplinaire directe », rappellent certains, soulignant que la réaction doit d’abord venir de l’Archevêque Métropolitain de Kananga.
Alors que le débat sur la révision constitutionnelle divise profondément le pays, la prise de position des 16 prêtres de Kananga ajoute une nouvelle couche de polémique. Elle révèle les fractures internes qui traversent non seulement la classe politique, mais aussi l’Église catholique elle-même.
L’opinion reste très partagée : certains saluent un « courage » et une « clarification nécessaire », tandis que la majorité des réactions y voit une dérive tribaliste et politicienne regrettable.
Gaetan Kubabhuranzi
